
Les gens qui visitent posent presque tous la même question. Pas le prix, pas les mètres carrés. Le déroulé d'une semaine.
Alors plutôt que de décrire la vie quotidienne en habitat partagé senior, nous l'avons fait raconter, de l'intérieur.
Ce récit est une composition, écrite à partir de ce que les habitants racontent dans nos Maisons.
Je vais avoir 86 ans. Je suis ici depuis deux ans et demi. Avant, j'avais une maison avec un jardin, à quarante minutes d'ici, et un fils qui s'inquiétait poliment au téléphone.
Une chose avant de commencer, parce que c'est ce que les gens comprennent de travers.
Il y a toujours quelque chose de proposé. Le matin et l'après-midi, tous les jours de la semaine. Ça fait beaucoup.
J'en fais deux ou trois par semaine.
Les visiteurs pensent qu'on est occupés du matin au soir. On peut l'être. Moi, je ne le suis pas, et personne ne m'a jamais fait la remarque.
Lundi
Le lundi, je ne descends presque pas.
Le matin, il y a de la peinture. Je n'y vais jamais, je ne sais pas tenir un pinceau (sourire). L'après-midi, c'est promenade.
Mon infirmière passe le lundi, comme avant. Je fais mes comptes, je regarde le journal de 13 h, je m'endors devant.
Vers 17 h, j'ai entendu ma voisine rentrer. On s'est dit bonjour dans le couloir, on a discuté pendant 5 minutes. C'est tout ce que j'ai eu comme conversation ce jour-là, et ça m'allait très bien.
Mardi
Le mardi, c'est le marché, et là je descends.
On y va à pied, on est quatre ou cinq. Ceux qui conduisent encore emmènent ceux qui ne conduisent plus, moi je suis dans la deuxième catégorie depuis trois ans.
J'achète mes légumes. Je discute avec le maraîcher, qui me connaît depuis vingt ans parce que je venais déjà avant. Je croise des gens du bourg. Je rentre, je range mes courses dans ma cuisine, je fais ma soupe.
C'est bête, mais c'est ce qui m'a le plus manqué quand je ne conduisais plus. Le marché du mardi.
L'après-midi il y avait de la musique dans le salon. J'ai laissé ma porte entrouverte pour entendre, sans descendre.
Mercredi
Le mercredi, il y a du bruit, et j'ai fini par aimer ça.
Deux jeunes vivent dans la maison, un étudiant et une fille qui travaille à l'hôpital. Le mercredi, des enfants passent. Les petits-enfants des uns et des autres. Ça court dans le hall, ça sent le gâteau.
Le matin, il y avait bricolage. J'y suis allé, j'ai réparé la lampe de ma voisine du dessus, celle qui rentre à 17 h. Ça m'a pris vingt minutes et elle en parle encore.
L'après-midi, il y avait autre chose, je ne sais même plus quoi. J'étais avec ma lampe.
Jeudi
Le jeudi, c'est repas partagé. C'est aussi le mardi et le mercredi mais moi j'y vais le jeudi.
Dans le fond c'est assez simple. On fait à manger pour tout ceux qui veulent y participer. Certains préparent et mangent et d'autres ne font que manger !
On a nos places et nos habitudes mais parfois on change.
Quand j'y vais, je ne cuisine pas, j'épluche et je mets la table. Ça me va comme répartition.
C'est le repas où on parle le plus longtemps. La dernière fois on est restés jusqu'à 15 h à table, et il y avait quelque chose de proposé à 14 h 30 que tout le monde a manqué.
Vendredi
Le vendredi ressemble au lundi, jusqu'au soir.
Le matin, jardin. J'y vais quand il fait beau, je m'assois plus que je ne jardine, et on me laisse tranquille avec ça.
À partir de 17 h, la maison change. Les familles arrivent pour le week-end. On entend des voitures, des portes, des voix dans l'escalier. Des gens que je ne connais pas me disent bonjour.
Mon fils vient le vendredi soir. Il monte chez moi, je lui fais un café dans ma cuisine, on discute et il repart. Personne ne lui demande qui il vient voir et la plupart le connaisse.
Samedi
Le samedi, la maison se vide.
C'est ce qui étonne le plus les gens qui visitent en semaine. Le samedi, la moitié des habitants sont dehors. Déjeuner chez leur fille, courses avec un fils, un baptême, un enterrement, le coiffeur.
On reste à quatre ou cinq. Il y a quelque chose de proposé le matin et l'après-midi comme les autres jours, et souvent on ne fait ni l'un ni l'autre parce qu'on est en train de parler.
Ce sont mes meilleures conversations de la semaine, celles du samedi, avec les autres qui restent.
Dimanche
Le dimanche, je ne fais rien, et c'est délibéré.
Il y a quelque chose de proposé, comme tous les jours. Je n'y vais pas. Je descends vers 10 h, je prends un café dans le salon, je remonte.
Les dimanches sont longs. Je ne vais pas prétendre le contraire, ils l'étaient aussi dans ma maison avec le jardin. La différence, c'est que quand ils me pèsent, je descends, et il y a quelqu'un.
C'est tout. Mais c'est exactement ce que je cherchais.
Ce que cette semaine dit de la vie quotidienne en habitat partagé senior
Quelque chose est proposé deux fois par jour, sept jours sur sept. Notre habitant en fait deux ou trois, et personne ne lui a jamais demandé pourquoi.
C'est le point que les brochures ne peuvent pas décrire.
Le reste tient entre les cases. Le café de 10 h que personne n'organise, la porte du voisin qu'on entend le matin, quelqu'un qui remarque le troisième jour que vous n'êtes pas descendu. Nous avons écrit un article entier là-dessus, créer du lien social après 70 ans.
Ne rien faire de sa journée reste une option. Toute la semaine si vous voulez, sans avoir à vous justifier.
La meilleure façon de le vérifier, c'est de venir voir un mardi ou un jeudi, quand il y a du monde. Trouvez la Maison la plus proche de chez vous et venez passer une matinée, sans engagement.
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